Sans oui, c’est non.

Je vous mentirais si je vous disais que présentement, je n’ai pas la peur au ventre.

Je vous mentirais si je vous disais que ce que je m’apprête à écrire est facile à écrire. 

Au contraire, je pense bien que c’est la chose la plus difficile que j’aie écrite de toute ma vie.

Depuis environ 5 ans, je suis chanceuse d’avoir une communauté, d’avoir une audience. J’ai des gens qui me lisent (en l’occurrence toi) et avec qui j’ai des échanges formidables. Je me bats contre les stéréotypes, contre la masculinité toxique, contre tout ce qui réduit la femme à un simple objet. Ça me tient à cœur. C’est une cause que je défends et que je continuerai de défendre pour le reste de ma vie. Les gens qui me lisent partagent mes convictions, on se serrent les coudes, et je trouve ça tellement magnifique.

Dans les derniers jours, il y a un mouvement qui est apparu sur Instagram. Comme quoi ça ne prend qu’une seule vague pour créer un courant. Il ne suffit que d’un seul remous pour que tout se mette à bouger.

C’est bel et bien un océan d’êtres humains qui ont fait le choix de dénoncer leur.s agresseur.e.s. Parce que oui, dénoncer c’est un choix. Un choix difficile à faire pour une victime. Moi, j’ai fait le choix de ne pas dénoncer. Pas parce qu’il ne le mérite pas, mais parce que je ne suis pas encore rendue là dans mon processus d’acceptation de ce que j’ai vécu. 

Ça fait deux ans déjà. Et ça me hante encore. Je pleure encore. Je fais des cauchemars. Je lis des témoignages et ça me donne la nausée. 

Je m’appelle Myriam et j’ai été victime d’agression sexuelle.

Au cours de la première année suivant mon agression, mes relations sexuelles ont été très difficiles. Je n’arrivais pas à faire la différence entre ce qui était correct et ce qui ne l’était pas. J’avais mal. Je détestais qu’on me touche, même juste le bras, sans mon consentement. 

C’est arrivé et sur le coup, je n’ai pas compris ce qui venait de se passer. Je ne savais pas que je venais de vivre une agression. Je me disais que c’était normal qu’on m’ait mis de la pression, qu’après tout, j’avais fini par céder. Je me suis convaincue moi-même que c’était de ma faute si c’était arrivé, que de toute façon, c’est moi qui ne voulais pas assez.

Sans oui, c’est non. Je n’avais pas envie d’avoir de relation sexuelle. On m’a forcée par du chantage, de la manipulation. Ça, c’est une agression sexuelle. 

Ça a été long avant que je comprenne qu’il n’y avait rien de normal dans le fait d’avoir une relation sexuelle dont on n’a pas envie. Ce n’est pas normal d’avoir envie que ça finisse au plus vite. Ça a aussi été long avant que je réalise que mon corps m’envoyait des signaux importants liés à un traumatisme. J’ai dû m’excuser auprès des hommes qui ont partagé mon lit par rapport à mon corps, qui n’avait pas les réactions escomptées.

Aujourd’hui, j’écris ce que j’ai vécu, mais je ne le nomme pas. Je ne donne pas de contexte, je ne donne aucune information qui pourrait permettre à qui que ce soit de l’identifier. Je sais que tu peux comprendre cela. Je sais que tu peux comprendre pourquoi j’ai peur. Alors, tout ce que je te demande, c’est ta compréhension et ta compassion. 

Je me tiens debout avec tou.te.s ceux.elles qui ont ont pris la parole. Je me tiens également debout avec tou.te.s ceux.elles qui n’ont pas pris la parole, mais qui ont aussi une histoire à raconter.

On vous croit.

Ressources:

Organismes

Regroupement québécois des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS) 

Le Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS) a comme mission de mobiliser les personnes et les groupes dans la lutte contre la violence faite aux femmes et de susciter des changements sociaux et politiques: 1-877-717-5252.

Réseau des Centres d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) 

Les Centres d’aide aux victimes d’actes criminels CAVAC offrent des services d’aide et d’accompagnement gratuits et confidentiels à toute personne qui a été victime d’un crime commis au Québec, à ses proches ainsi qu’aux témoins d’un acte criminel : 1 866 LE CAVAC (1 866 532-2822).

Ligne-ressource sans frais pour les survivantes d’agression sexuelle : 1-888-933-9007

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